Le programme d’ADM nord-coréen: une sous-traitance de la dissuasion chinoise.

Perspectives Internationales 26/12/2012 1

  Le 11 décembre 2012, la République Démocratique et Populaire de Corée (RDPK) salue la mise en orbite du satellite Wangmyongsong-3 à partir d’une fusée Unha-3. La dernière dictature stalinienne de la planète revendique une réussite technologique, calculée pour correspondre au centième anniversaire du pater patriae Kim Il-Sung, et faire oublier le semi- échec d’un tir similaire le 13 avril dernier. Ce succès exacerbe les tensions[1] non seulement entre les deux Corée, mais également entre la Chine et les Etats-Unis, chacune des deux superpuissances étant le parrain respectif de la partie septentrionale et de la partie méridionale. Pyongyang avance les finalités pacifiques du lanceur, mais Washington et ses alliés l’accusent d’être une version civile du Taepodong-2, missile stratégique intercontinental. Si le prétexte d’un tir orbital ne dupe personne, c’est que toutes les puissances balistiques se sont servies de leur programme spatial pour optimiser leur technologie. De plus, la RDPK est listée, depuis 2006, comme puissance nucléaire.

La thématique nord-coréenne ne peut être uniquement circonscrite à l’extrême –Orient, puisqu’elle concerne également la prolifération des Armes de Destruction Massives dans le Grand Moyen-Orient, Pyongyang exportant de la technologie sensible vers la Syrie, le Yémen, l’Iran, le Soudan et le Pakistan. Mais comment se fait-il que l’un des Etats les plus pauvres d’Asie[2], revendiquant l’autarcie de l’idéologie de la Juche, rongé par les triples conséquences des effets de son régime politique, de l’embargo international et des catastrophes naturelles, ait pu réussir à acquérir un tel arsenal, et tenir en joue, par ses missiles, une vaste zone s’étirant de l’Inde aux Etats-Unis? La réflexion induite oblige à déconstruire le story telling faisant de la RDPK un proliférateur souverain et incontrôlable. Pour cela, il convient d’abord de détailler l’histoire et l’état de son arsenal. Ensuite, nous en mesurerons les effets au Moyen-Orient. Enfin, nous expliquerons que la RDPK est «l’Etat écran» de la Chine, et sert les intérêts des Etats-Unis.

Un vassal de la Chine et de l’URSS face aux vassaux des Etats-Unis

 Le programme nucléaire nord-coréen

 Un état de seuil permanent

Dès le début des années 1960, l’ingénieur Kang Sok-ju entame un programme qui, pour des questions techniques et politiques, sera plusieurs fois ralenti. Bien que producteur de charbon et d’hydroélectricité, la RDPK affirme vouloir réduire sa dépendance énergétique en optant pour le nucléaire civil. Le volet militaire alors embryonnaire de la partie septentrionale du pays du matin calme apparaît légitime. En effet, il est entouré de pays nucléaires: les Etats-Unis (bombardiers nucléaires en Corée du Sud, au Japon, à Taiwan et dans le Pacifique), l’URSS, et la Chine. Certes, l’URSS et la Chine sanctuarisent la RDPK de leurs parapluies nucléaires. Toutefois, il est prévu que Pyongyang se dote d’installations de recherche afin de pouvoir rapidement assembler une arme atomique en cas de menace extérieure. Ainsi, en cas de crise, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies éviteront une réaction en chaîne par alliances interposées. Les dégâts atomiques seront limités à une guerre entre deux pays. Pour cela, Pékin et Moscou approvisionnent la RDPK en plutonium et en ingénieurs (reverse engineering). Mais pour l’instant Pyongyang ne développe que de la recherche volontairement bridée. Aussi, la RDPK devient sans problème membre de l’Agence Internationale à l’énergie Atomique (AIEA) le 18 septembre 1974, sans adhérer au Traité de Non-Prolifération Nucléaire (TNP). En juillet 1977, elle accepte de soumettre à inspection ces installations[3].

 Toutefois, en secret, la RDPK termine en 1979 le chantier du réacteur expérimental de Yongbyong qu’un satellite américain découvre en 1984. Aussi, Pékin et Moscou font pression pour que le pays signe provisoirement le TNP, le 12 décembre 1985, que Pyongyang promet d’appliquer le 10 avril 1992. Yongbyong est opérationnel en janvier 1986. En conséquence, la Convention on Early Notification of a Nuclear Accident et la Convention on Assistance in the Case of a Nuclear Accident or Radiological Emergency sont signés le 29 septembre 1986.

En parallèle, la Corée du Nord mène des études sur les armes biochimiques dès que les Américains les emploient très localement pendant la guerre de Corée. Les sites d’Hambung, de Sogam-ri (institut-398) et de Chee Kyong Tae[4] fabriquent des agents neurotoxiques, des vésicants, des asphyxiants, des hémotoxiques, des toxines, des agents viraux et bactériens[5]. Le Pentagone estime que les 5000 tonnes d’agents biochimiques sont répartis dans une demi-douzaine de grands dépôts[6].

Le divorce avec l’AIEA

Après la Guerre Froide, de nombreux pays abandonnent leurs ambitions atomiques militaires. A l’inverse, alors que le TNP doit entrer en vigueur[7], la RDPK s’en retire le 12 mars 1993 (et de l’AIEA le 13 juin 1994), après que Vienne y repère des anomalies. A l’époque, on pense que la Corée du Nord possède déjà «une à deux armes»[8]. Mais par l’Accord-cadre d’octobre 1994, le pays consent à geler ses activités[9] et autoriser des inspections en échange d’une aide pour la construction de deux réacteurs civils, et des aides alimentaires et énergétiques. La politique de chantage débute. Pour ce faire, un consortium international est créé, la Korean Energy Development Organization (KEDO), financée partiellement par l’UE, le Japon et les Etats-Unis. En réalité, Pyongyang s’ingénie à brouiller les pistes, d’une part en promettant régulièrement de se conformer au TNP, et d’autre part en déconcentrant sa recherche sur plusieurs sites[10]. Elle alterne aussi ses études entre la filière plutonium et celle de l’uranium enrichi. De même, Yongbyong sera arrêté de 1994 à 2002, puis en juillet 2007.

En 2000, l’administration Clinton planifie trois cycles de négociations nucléaires afin de revoir l’Accord-cadre. Mais en mars 2001, Washington conteste l’octroi des fonds américains à la KEDO au motif que Pyongyang refuse d’accepter des inspections approfondies. Aussi, le 5 octobre 2002, les livraisons de fioul sont stoppées et l’Accord-cadre est déclaré nul et non avenu. Le 21 décembre, la RPDK brise les scellés de l’AIEA. Puis, le 31 décembre, les inspecteurs sont expulsés et les caméras de surveillance désinstallées, tandis que Pyongyang reconnaît posséder de l’uranium de qualité militaire et une quantité de plutonium suffisante pour fabriquer cinq à six bombes[11]. Conséquence, la RDPK devient successivement Etat voyou, pays de l’axe du mal et poste avancé de la tyrannie Yongbyong étant réactivé en janvier 2003. Le 10 avril, la dictature se désengage complètement du TNP. En parallèle, ce n’est pas un hasard, débute la crise nucléaire iranienne. C’est à ce moment là que Kim Jon-Il menace de transformer les États-Unis en «une mer de feu». Mais la RDPK, avec ses montagnes, ses fortifications, sa population fanatisée et son appui chinois ne peut craindre une intervention américaine comme en Irak.

Dans ce contexte, Pyongyang fait exploser le 9 octobre 2006 sa première bombe atomique, mais de très faible puissance (0,5 Kt[12]). La date choisie est celle de l’anniversaire du leader nord-coréen … et de la prise de fonction de Ban Ki-Moon à l’ONU. Sitôt l’essai terminé, la RDPK accepte, le 13 février 2007, de renoncer à son programme contre le don annuel d’un milliard de dollars en pétrole. El Baradei, le directeur général de l’AIEA, accepte l’invitation de la RDPK en mars 2007 qui précède l’arrivée d’inspecteurs en juin 2007 pour visiter Yongbyon et un réacteur en construction, Taechon (200 mgw). Mais en septembre 2008, la RDPK rompt les négociations, provoquant le départ des inspecteurs le 16 avril 2009. Cela permet aux nord-coréens de pratiquer le 25 mai un nouvel essai souterrain de 10 à 20 Kt[13]. En septembre 2010, suprême pied de nez à l’AIEA, Kang Sok-ju, est nommé vice-premier ministre de la RDPK.

Les ambitions intercontinentales de la balistique nord-coréenne

La RDPK devient en 2011 la quatrième puissance balistique au monde en quantité produite[14]. Le programme débute en 1976, lorsque la Corée du Nord acquière des Scud-B fournis par l’Égypte. En 1981, la RDPK signe un agreement avec le bureau d’études russe Makeyev, pour concevoir la version nationale des Scud-B et C, les Hwasong. En novembre 1997, le Pentagone indique que la production atteint quatre à huit missiles par mois[15]. Mais c’est après de mauvaises récoltes, les embargos et les catastrophes naturelles que Pyong-Yang décide d’accélérer les exportations de missiles. Elles représentent 100 millions de dollars en moyenne par an[16].Pour ses besoins nationaux et ces clients surtout arabes et iraniens, la RDPK élabore le Taepodong, dont la première version est testée le 31 août 1998 au-dessus du Japon, sous le couvert d’un lanceur spatial à carburant solide, signe d’une importante percée technologique. Le deuxième étage, s’échoue à l’est du Japon, et le troisième étage (près des côtes de l’Alaska). Le pays s’enorgueillit dès lors de pouvoir atteindre les bases militaires américaines de Yokota, Yokosuka et d’Okinawa.

Mais déjà à l’époque, les missiles semblent ne pas être au point, car presque tous éclatent en vol. La faible qualité technologique avancée par les experts n’est pas suffisante. En réalité, il est possible que ces destructions soient programmées, afin d’une part que les fusées ne chutent pas en territoires hostiles (pour ne pas engendrer de crise), et d’autre part pour que les technologies ne soient pas récupérables. L’essentiel est ici de tester les performances de missiles, et rien de plus. D’ailleurs, Pyongyang ne semble pas particulièrement mal vivre ses échecs et même les reconnaît, ce qui semble étrange pour une dictature. En octobre 1998 et juillet 2000, Kim Jong Il propose de mettre fin au développement des missiles d’une portée minimum de 500 km si les États-Unis s’engagent à lancer les satellites nord-coréens[17]. Sans accords, les essais continuent malgré les résolutions 1695 et 1718 (15 juillet et 14 octobre 2006) et 1874 (juin 2009). En 2006, un Taepodong-2 est testé[18]. Le 4 juillet 2009, date de la fête nationale américaine, une version améliorée d’un Rodong-1 est tiré de la base de Kitdaeryong. Pyongyang signe cependant l’Outer Space Treaty en 2009 et promet la fin de ces activités nucléaires le 29 février 2012 en échange d’une aide alimentaire. Mais le 1er septembre, l’Iran et son comparse s’accordent pour des transferts de technologies sensibles.

 

Le « catalogue » nord-coréen (estimation)

Nombre

Portée en km

Date

Origine et dérivés

Hwasong-5/ Scud B

280 à 330

1981/1984

Scud-B/ R-17

Hwasong-6

500 à 700

1989

Scud-C/ Shahab-2

Nodong/ Ro-Dong -1 et 2

400 à 3200

1993

SS-4/ SS-5/ Shahab-3/ Ghauri-2/ Scud-D et E/ BM-25

Musudan

3000 km

NKSL-1/Taepodong-1

2,200 à 2,800

1998

Shahab-4

Taepodong-1/ Paeutudan-1

2,000 à 2,200

2000

SS-4

NKSL-X-2

3,500 à 12,000

2003

Shahab 5/SS-5

Taepodong-2/ Unha-1

3500 à 9000

2006

KN-02

120

2008

SS-21/ CSSC-3 Silkworm/Seersucker

Taepodong -3/ Unha-2 et 3

10000

2009/2012

Safir/ Shahab-3

La Corée du Nord: un allié des ennemis d’Israël

La RDPK se spécialise dès le début la fin des années 1970 dans l’exportation de missiles balistiques qu’elle importe puis réadapte en succédanés, en échange de pétrole arabe et persan. Les rapports sont d’autant meilleurs que durant la guerre du Kippour, Pyongyang soutient Le Caire et Damas. La RDPK est d’ailleurs le seul Etat de la région à ne pas avoir de relations diplomatiques avec Israël. En 1983, le Premier ministre iranien et de son ministre de la Défense se déplacent à Pyongyang pour acheter des missiles. En 1984, Pyongyang teste sur place des Scud pour ses clients ne souhaitant pas enfreindre, sur le sol, les traités internationaux. Entre 1981 et 1996, quelque 370 Scud B et C sont exportés vers la Syrie, le Yémen, l’Irak, l’Iran[19], le Vietnam, la Birmanie, l’Égypte, la Libye. Le Pakistan en importe également par l’intermédiaire du réseau Khan. Optimisés grâce aux informations iraniennes sur des Scud tirés en situation de guerre, la RDPK peut déjà atteindre, avec ses engins n’importe quel pouce de terrain sud-coréen. En 1991, la Corée du Nord affrète un navire pour livrer 150 Scud-C. Le Mossad pose un système de guidage sous la coque pour une frappe aérienne qui n’a finalement pas lieu sous pression de Washington[20]. En 1992, Damas achète encore 100 Scud-C.

Israël comprend qu’il faut asphyxier les programmes balistiques et atomiques de ses ennemis, en négociant avec la RDPK. En mai 1993, avec le soutien des Etats-Unis pour faire aboutir les accords d’Oslo, Israël envoie une délégation militaire secrète, dirigée par le chef des renseignements Ephraïm Halévy, afin de dissuader la vente de technologie balistique à ses ennemis, en échange d’une aide américaine de 500 millions de dollars[21]. Mais n’ayant que peu d’espoir dans cette démarche, le directeur général du ministre de la défense israélienne, David Ivri, accepte de révéler à Séoul comment son aviation avait détruit les capacités nucléaires irakiennes, La Corée du Sud projetant de faire de même contre Pyongyang[22].

Mais rien n’y fait. La RDPK reçoit même des biochimistes irakiens, iraniens[23] et libyens. En mai 2000, la presse israélienne accuse la Corée du Nord d’exporter en Syrie et pour le Hezbollah des Scud-D. Tel-Aviv s’inquiète surtout de l’aide nord-coréenne au réacteur syrien d’Al-Kibar, que Tel-Aviv bombardera en septembre 2007. Un an plus tard, le général Mohammed Suleiman, l’intermédiaire entre la Syrie et la Corée du Nord pour le nucléaire est assassiné par le Mossad. En 2009, Israël déplore la présence d’Iraniens venus récupérer des matières fissiles[24] et observer les essais balistiques et nucléaires nord-coréens, le pays présentant l’intérêt d’être un bastion inexpugnable hors d’atteinte d’Israël[25]. En réponse, Israël exporte en Corée du Sud, ses fameux radars de détection balistique Green Pine, ce qui permet de tester sa technologie, face aux missiles iraniens et syriens de technologie nord-coréenne.

L’arsenal nord-coréen paraît particulièrement menaçant, surtout lorsqu’on l’associe aux particularismes de cette dictature communiste ultranationaliste et belliciste. Pourtant, c’est bien Pékin qui pousse son vassal à proliférer, afin de contourner la législation internationale et optimiser ses propres technologies, les simulations informatiques n’étant pas toujours suffisantes. En somme la Chine mutualise et sous-traite sa dissuasion.

Une prolifération globale pour un équilibre des forces en Orient, en Extrême-Orient

Les ombres chinoises derrière le rideau d’un «Etat écran»

La Corée du Nord demeure un État écran[26], développant et exportant des technologies sensibles pour le compte de Chine et la Russie, à destination de ses alliés[27]. Cette dimension essentielle, absente dans la plupart des analyses académiques et diplomatiques[28], se vérifie si l’on compare la chronologie des programmes chinois et nord-coréen.

Le 17 mars 1992, la Chine signe le TNP sans néanmoins adhérer à tous ses protocoles de prolongation en 1995. L’application du traité demande au minimum de un à deux ans de délais afin d’appliquer les directives internationales et « normaliser » les sites. Or c’est entre 1992 et 1994 que la RDPK quitte le TNP. La Chine, allié de l’Iran et de la Syrie, a tout intérêt au contraire à laisser la RDPK proliférer pour elle, afin de ne pas écoper de rétorsions internationales. Mieux, Pékin relaie souvent les performances de son allié, comme pour communiquer en réalité sur sa propre dissuasion.

Le 24 septembre 1996, la Chine signe le Comprehensive Test Ban Treaty après avoir convaincu son allié de le refuser. Mais surtout, à partir des années 2000, la Chine optimise toutes les composantes de ses forces armées, et particulièrement ses missiles. Elle cherche aussi à miniaturiser des charges nucléaires. Cela explique que les essais nord-coréens commandés sciemment par Pékin ne développent que quelques kilotonnes[29]. Parallèlement, les tests nord-coréens décrédibilisent l’AIEA dans ses efforts pour contraindre l’Iran, Vienne étant constamment humiliée par l’impunité nord-coréenne. Suivant la même mécanique, la Chine ratifie la Convention sur les armes chimiques le 25 avril 1997 et la Convention sur les armes biologiques le 15 novembre 1984. La RDPC la suit le 13 mars 1987, pour les armes biologiques, mais pas sur les chimiques[30], Ainsi, Pyongyang peut mettre à disposition de Pékin ses laboratoires en la matière[31]. Ce fait explique pourquoi l’attitude de la Chine face aux ‘initiatives de son allié’ sont si timorées. La mécanique diplomatique mandarine est donc parfaitement rodée. Il s’agit à chaque fois de dénoncer mollement les essais nord-coréens, d’avouer son impuissance[32] tout en condamnant les rétorsions pouvant nuire à son vassal, en menaçant de son veto si les embargos sont trop contraignants[33]..

Légitimer la présence américaine en Extrême-Orient, renforcer Pyongyang

Avec les Etats-Unis et le Canada, l’Otan[34], condamne elle-aussi un pays qui n’est pourtant pas limitrophe d’un de ses membres. Or, lors des tests balistiques indiens et israéliens, l’Otan reste circonspecte et signe même, comme en 2005, des accords stratégiques en la matière. Toutefois, la menace nord-coréenne n’est pas forcement néfaste aux Etats-Unis., car la balistique coréenne lui permet de proposer ces antimissiles Pac-2 et -3, SM-3, et Aegis à la Corée du Sud et au Japon, pays devenus avec le temps des Major Non-Nato Allies, et les oblige à acheter également du matériel conventionnel américain, et enfin légitime la conservation des bases états-uniennes dans la région face au collier de perles chinoises.

La Corée du Sud, quant à elle, s’est saisie du prétexte pour tripler la portée de ces missiles balistiques (de 300 à 800km) avec l’accord de Washington en attendant le Hyunmoo-3 (1 500 km de portée). Washington et Pékin s’en accommode, les deux superpuissances étant particulièrement dépendantes l’une de l’autre. Ainsi, la Chine détient suffisamment de bons du trésor américains pour dissuader toute action occidentale dépassant la limite des protestations et embargos formels. Cela explique qu’au final, le 11 octobre 2008, la Corée du Nord est retirée de la liste des Etats soutenant le terrorisme. La Corée du Nord trouve bien sûr elle-aussi son compte. Kim Jong Un succédant à son père en décembre 2011, loin de s’affranchir de son héritage politique ne remet pas en cause la politique du Songun (l’armée d’abord). Les caciques militaires, piliers du régime, profitent de la manne balistique, ce qui, associé aux condamnations internationales, renforce le totalitarisme nord-coréen, affaibli par la famine[35].

 Conclusion 

Le pays est une joint-venture chinoise, un supermarché balistique et nucléaire que Pékin et Moscou ravitaillent afin d’exporter pour leur compte des technologies à destination d’autres Etats parias tels l’Iran ou la Syrie (dont les Scud tirés en décembre sur l’ASL). La configuration des alliances explique que certains pays condamnent ce tir à la différence des alliés de la Corée du Nord. Tant que la Chine tient les mors de son poulain, il n’y a rien à craindre. C’est en ce sens qu’Alain Joxe déclare : « La Corée du Nord n’est pas une menace car il est aidé par la Chine et dans une moindre mesure par les USA. »[36]  C’est donc sur ces deux pays qu’il convient de faire pression au lieu de formuler des résolutions. La Paix en Extrême Orient et par corrélation au Moyen-Orient est peut-être à ce prix.

Les ADM nord-coréennes et leurs implications internationales (Auteur: N.Ténèze)

 

 

Nicolas Ténèze

Nicolas Ténèze, Docteur en Science Politique, attaché temporaire d’enseignement et de recherche à l’université Toulouse Capitole, membre du Groupe de Recherche Sécurité et Gouvernance, du Groupe de Recherche en Histoire Immédiate et membre associé de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale. Il a publié sur l’arsenal nucléaire pakistanais et israélien, les boucliers antimissiles israélo-américains, les dites «révolutions arabes», et le terrorisme non-conventionnel. Il travaille également au projet de recherche SAMOSA/SALSA avec le CEA et l’Agence Nationale de la Recherche.

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[1] Le 26 mars  2010, une corvette sudiste Chenoan est envoyée par le fond avec ses 46 membres d’équipage. Mais contrairement à la plupart des analyses, le conflit ne s’est pas réouvert. («promesse de guerre sacrée contre le sud).

[2] PIB estimé 24 milliards de dollars, dont 10,5 consacrés à l’armée (sans doute plus), 7,7 millions de mobilisables dont 1,2 million soldats, 6200 blindés, 13600 artilleries fixes et mobiles, 420 bâtiments de surface, 70 sous-marins, 330 autre snavires militaires, 820 chasseurs, 300 hélicoptères, 430 autres avions,

[3] AIEA, INFCIRC/66/Rev. 2, «Application de garanties à un réacteur de recherche (INFCIRC/252)

[4] The CBWCB, n°38, décembre 1997, p. 24.

[5] Service canadien de renseignement de sécurité, rapport n° 2000/05, « La prolifération des armes bactériologiques », 9 juin 2000.

[6] Assemblée Parlementaire OTAN, ibid.

[7] AIEA, INFCIRC/403, May 1992, «Agreement of 30 January 1992 between the Government of the Democratic People’s Republic of Korea and the International Atomic Energy Agency for the Application of Safeguards in Connection with the Treaty on the Non-Proliferation of Nuclear Weapons».

[8] Jacques Attali, Economie et apocalypse, Fayard., 1995, 209 pages, p.45, 83 et 117.

[9] AIEA, INFCIRC/457, 2 novembre 1994, «Agreed framework of 21 october 1994 between the USA and the DPRK».

[10] AIEA, GOV/2011/53 – GC(55)/24, 2 Septembre 2011, Point 6 c) de l’ordre du jour provisoire du Conseil, (GOV/2011/46), Point 19 de l’ordre du jour provisoire de la Conférence générale, (GC(55)/1 et Add. 1). «Application des garanties en République populaire démocratique de Corée».

[11] Pierre Goldschmidt, «Future Challenges for Nuclear Non-Proliferation Instruments», Rome, Conference «Future Challenges for Non-Proliferation Instruments », 17 mars 2004.

[12] Jean-Marie Collin, La bombe, Paris, Autrement, 2009, p. 43.

[13] Le Monde, 25 mai 2009, « Essai nucléaire puis tir de missile en Corée du Nord ».

[14] Jean-Marie Collin, op.cit., p. 149.

[15] En 1998 et 2010, la Corée du Nord prétend avoir lancé un satellite «chantant les louanges»de la dynastie des Kim.

l’espace.

[16] Cahiers de Chaillot, Le défi de la prolifération, Perspectives européennes, Mark Smith, Bruno Tertrais et Jean Pascal Zanders, Sous la direction de Gustav Lindstrom et Burkard Schmitt, n°66, Décembre 2003, p. 22.

[17] Bill Clinton, Ma vie, Odile Jacob, 2004, chapitre 45.

[18] En mai 2009, un missile sol-air d’une portée de 130 km, tiré depuis Musudan-ri.

[19] 100 missiles. Assemblée parlementaire OTAN, Session annuelle 2004, 169 STCMT 04 F, « Défenses antimissiles et armes dans l’espace», Rapporteur Lothar Ibrügger.

[20] Israelinfos.com, 10 janvier 2008.

[21] Ephraïm Halevy, op.cit., p. 78. A noter que Kahuta accueille des nord-coréens contre des plans de centrifugeuses

[22] The Nonproliferation Review, Hiver 1994

[23] Le 27 août 1997, l’ambassadeur israélien Arik Arazi (responsable du Mashav, le Centre de la coopération internationale israélien), dit que la Corée du Nord participe au programme biochimique de l’lran. CBWCB, n°38, décembre 1997, p. 24.

[24] Politique Etrangère, « L’arme nucléaire au XXIème siècle », Janvier 2007, Thérèse Delpech, pp.181-189.

[25] La zone démilitarisée (DMZ), longue de 240 km, concentre 500000 sud-coréens, un million de nord-coréens

[26] Nicolas Ténèze, Approche historiographique et médiatique du programme de dissuasion israélien, mémoire de DEA, Université de Toulouse II le Mirail, septembre 2005, 303 p, p. 265.

[27] Nicolas Ténèze, « Approches historiographique …», Ibid.

[28] Lire certaines d’entre-elles Le Monde, 12 décembre 2012, «Le tir du missile nord-coréen “constitue une menace directe pour ses voisins”». Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique. Egalement: L’IRIS, L’Année Stratégique 2013, «Démocratisation, reconstruction, retrait et contentieux, mots et maux de l’Asie», Sophie Boisseau du Rocher, Fabienne Clérot et Olivier Guillard, p. 410. «On sait que dans les coulisses du pouvoir pékinois, on apprécierait un apaisement dans les rapports intercoréens, et que l’on s’inquiète aussi des conséquences d’un éventuel essai nucléaire».

[29] Jean-Marie Collin, La bombe, Paris, Autrement, 2009, p. 43.

[30] Service canadien de renseignement de sécurité, rapport n° 2000/05, « La prolifération des armes bactériologiques », 9 juin 2000.

[31] Le Monde, 30 novembre 2012, «007 – Les stylos empoisonnés que les Nord-Coréens utilisent pour assassiner leurs ennemis du Sud». Par exemple, en novembre 2012, un agent nord-coréen, Ahn, infiltré en Corée du Sud depuis dix-sept ans, est arrêté à Séoul, avant qu’il n’assassine l’activiste Park Sanghak, l’auteur des ballons d’hélium larguant des tracts anticommunistes en Corée du Nord. Son arme est un stylo bille tirant des balles empoisonnées.

[32] Lire Le Monde, 12 décembre 2012, «Pékin recommande une réaction “prudente” de l’ONU au tir nord-coréen». « Le vrai problème est que la force de la  Chine n’est pas suffisante pour influer sur son voisin » nord-coréen.

[33] Le Monde, 12 décembre 2012, «Pékin recommande une réaction “prudente” de l’ONU au tir nord-coréen».

[34] Site Officiel de l’OTAN, 12 décembre 2012, «Le secrétaire général condamne le lancement d’une fusée par la Corée du Nord».

[35] Cahiers de Chaillot, Le défi de la prolifération, Perspectives européennes, Mark Smith, Bruno Tertrais et Jean Pascal Zanders, Sous la direction de Gustav Lindstrom et Burkard Schmitt, n°66, Décembre 2003, p. 22.

[36] France 3, Ce soir ou jamais, 9 juin 2009, « La prolifération nucléaire ».

One Comment »

  1. mathias 12/02/2013 at 14:00 - Reply

    Bonjour, le diagramme en bas de l’article est complètement incompréhensible…
    Est-ce un diagramme ou une oeuvre artistique d’art abstrait ?

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