Le MNLA, une coquille de noix sur la chaotique mer malienne ?

Perspectives Internationales 05/11/2012 0

Mardi 23 octobre 2012 se tenait à Strasbourg, au Parlement Européen, une conférence d’une teneur bien particulière. Le MNLA,Mouvement National de Libération de l’Azawad, y était en effet invité par « Les verts », dans le but de présenter à l’assistance leur « Plateforme officielle »,  publiée par ledit groupe début octobre.

A la veille d’une très probable intervention militaire dans le Nord Mali, cette prise de parole témoigne de la volonté du MNLA de s’imposer comme un interlocuteur pertinent dans le règlement de la crise, se considérant comme un « acteur privilégié et prioritaire dans la lutte contre les terroristes ».

Une conférence placée sous le signe de l’agitation

Cette conférence a généré de nombreux remous, témoignage des enjeux sous-jacents à une prise de parole au sein d’institutions politiques régionales européennes.

Pour des raisons prétendument administratives, les représentants du MNLA en provenance du Burkina Faso et du Mali n’ont pas été autorisés à quitter leur territoire. Seules les personnes au départ de France et de Mauritanie ont pu prendre place sur l’estrade de la « Green Room ».

Au sein même du parti politique des Verts, les différents députés présents n’ont pas hésité à critiquer très ouvertement la prise de position des représentants du Mouvement, leur reprochant un manque de transparence sur les exactions commises par leurs combattants et sur leurs actuelles capacités d’action.

En outre, la séance s’est achevée sur une prise de parole virulente, voire violente, de représentants nord-maliens, présents dans la salle. Accusés d’avoir ouvert la porte aux islamistes et de causer la mort de nombreux ressortissants du nord, les « bandits » du MNLA n’ont pu se défendre que faiblement avant que la séance ne soit levée. Le collectif des maliens de France pour la paix, proche du gouvernement, a ainsi mobilisé ses membres pour la mise en place d’un sitting devant les bâtiments strasbourgeois.

Le MNLA en campagne

Sur le fond, le MNLA tente pourtant de renouer le dialogue avec les populations locales : Moussa Ag Assarid, porte-parole, a réaffirmé la volonté du Mouvement de rendre au peuple du nord sa souveraineté sur un territoire qui était jadis garant des particularités des populations qui l’habitent, Touaregs, Peules et autres.

Accusant le gouvernement de Bamako de commettre depuis plusieurs dizaines d’années de violentes exactions contre les populations du Nord, le MNLA prône une restauration de l’échange, et souhaite obtenir l’indépendance de la région.

Alors même qu’il prenait, sans se questionner, les armes il y a quelques mois, le Mouvement National de Libération de l’Azawad se prononce aujourd’hui en faveur d’un règlement pacifique du conflit, par le biais d’une réponse politique. 

Le MNLA sous le feu des critiques

A la recherche d’une place dans les dynamiques actuelles, le MNLA doit faire face à de nombreuses accusations : l’enquête ouverte par la Cour Pénale Internationale, et la présence des avocats du MNLA lors de la conférence, sont autant d’indices des flottements qui existent au sein même d’un groupe qui peine à établir une stratégie très claire. Ne reconnaissant pas les exactions dont il est accusé, le MNLA assure pourtant tout faire pour former ses gouverneurs locaux au droit humanitaire sur le terrain et éviter que de tels débordements ne se produisent. Il assure également que tous les prisonniers qui avaient été faits pendant les combats contre l’armée malienne ont aujourd’hui été libérés et sont en bonne santé, déclarations contraires à celles réalisées par Human Rights Watch et Amnesty International.

Le MNLA est aussi mis en cause quant à sa capacité d’action sur un territoire tenu par les islamistes. Pour le groupe, la présence et l’installation des groupuscules du MUJAO et d’AQMI s’expliquent par le soutien indirect du gouvernement malien et des gouvernements régionaux et internationaux, qui n’ont pas jugé pertinent d’intervenir en amont.

Les rapprochements avec le mouvement Ansar Dine sont quant à eux justifiés par « une simple volonté de détourner le groupe de sa tendance islamiste radicale ». Mais le pouvoir d’attraction du MNLA s’est montré bien faible, cette alliance ayant été rompue au bout d’une semaine à peine.

Très loin de représenter l’ensemble de la population du nord de ce grand pays, et à fortiori du Mali tout entier, le MNLA peine à s’imposer comme un interlocuteur pertinent, essuyant un réel défaut de crédibilité, tant sur la scène nationale qu’internationale.

Pour pouvoir compter, le MNLA devra d’abord répondre de ses actions passées, réaliser un bilan objectif de celles-ci, et prouver ainsi qu’il peut, à court et long termes, se positionner comme un acteur légitime et capable d’agir sur un sol qu’il revendique.

Né en octobre 2011 de la fusion du Mouvement National de l’Azawad, de l’Alliance Touareg du Nord Mali et d’une frange de l’Alliance démocratique pour le changement, le MNLA a choisi en prenant les armes de dépasser ses revendications, à l’origine, purement autonomistes. Le MNLA se retrouve aujourd’hui prisonnier d’un agenda politique et d’une crise potentiellement militaire qui le dépassent.

Le malaise qui touche le nord du Mali cache en réalité une question plus profonde qui concerne l’ensemble du peuple malien. Le pays tout entier se trouve dans une situation politique floue, la légitimité même du gouvernement de Bamako pouvant être questionnée.

Dans un contexte où l’opportunisme et le réalisme peuvent aboutir à la célébration de mariages et de divorces insolites, il est donc important de faire preuve de prudence, en dissociant une possible action armée pour « déloger » les terroristes du Nord, et les actions à prendre pour une résolution de la profonde crise politique malienne.

Marine Menier

Marine MENIER poursuit d’abord des études de Droit Public, pour se spécialiser enfin en Relations Internationales, Sécurité et Défense à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Forte de multiples expériences à l’étranger et impliquée dans l’humanitaire, elle met actuellement son expertise en géopolitique et gestion de la sécurité au service de la solidarité internationale.

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