José Mujica, un président “normal” ?

Perspectives Internationales 02/11/2012 0

Alors que l’élection du Président Hugo Chavez a fasciné le monde entier à l’automne 2012, les dynamiques sur le continent sud-américain sont plus que jamais liées aux personnalités de ses différents dirigeants, conciliant préservation des valeurs et regard vers l’extérieur. José Alberto Mujica Cordano en fait partie. Celui que les uruguayens surnomment « Pépé » aura fait parler de lui ces dernières semaines et nous donne l’occasion de se pencher sur son pays.

«Nous avons appris que notre chère démocratie libérale était, comme le disait Churchill, « le pire des systèmes… à l’exception de tous les autres ». » Mujica, philosophe réaliste, et président de l’Uruguay.

Un ancien guérillero à la tête du pays

Président de l’Uruguay depuis 2010, Mujica est un homme proche du peuple. Ancien combattant de la guérilla, il sort de prison grâce à la proclamation d’une loi d’amnistie en 1985. Son groupe renonce à la lutte armée, et sa carrière politique le mène au poste de Ministre de l’Agriculture, des élevages et de la pêche, au sein d’une coalition de gauche. Descendant d’immigrés pauvres italiens, Mujica n’a jamais perdu de vue ses origines. De plus en plus pragmatique et proche du peuple, il met aujourd’hui son charisme au service de ses électeurs.

En septembre 2012, une interview de cet homme fait le tour du net. Un physique attachant, une voix posée, « Pépé » témoigne : « Je ne suis pas un président pauvre, j’ai besoin de peu [1]». Son expérience en prison lui aurait inculqué le goût des choses simples et des « vraies » valeurs. Un peu poète, il confie «Le bonheur sur terre (…) ce sont quatre ou cinq choses, les mêmes depuis l’époque de Homère: l’amour, les enfants, une poignée d’amis… ». Son discours lors de l’ouverture du sommet de Rio en Juin remporte tous les suffrages.

Pour autant, si Mujica se montre philosophe, il n’en demeure pas moins réaliste, et accorde une importance toute particulière au développement des relations bilatérales de son Etat, dans un objectif d’ouverture aux opportunités régionales et internationales.

La volonté de placer l’Uruguay au centre de l’Amérique latine

Membre fondateur, et hôte, du Mercosur depuis les années 90, l’Uruguay doit selon lui diversifier ses partenaires commerciaux, afin de traverser sans trop d’encombres la crise qui balaie l’organisation régionale et survivre aux asymétries de celle-ci.

En Amérique du Sud, l’Uruguay a renouvelé avec le Venezuela son accord commercial conclu pour la première fois en 2005, et portant notamment sur l’approvisionnement en pétrole de ce petit pays d’à peine plus de 3 millions d’habitants. Si les tensions avec l’Argentine ont parfois été importantes, leurs relations sont aujourd’hui normalisées. En gage de bonne foi, l’Uruguay a récemment voté une loi  pour limiter le secret bancaire et l’évasion fiscale des argentins, qui compteraient aujourd’hui pour 18% des dépôts à la banque centrale de l’Uruguay. Confiant face à son géant voisin brésilien, Mujica confirme ses partenariats avec Lula, tant sur le plan économique que militaire. Rejoignant le Chili,la Colombie, le Pérou et le Mexique, l’Uruguay devient observateur au sein de l’Alliance du Pacifique.

Sur le plan international, « Pépé » tente également de tisser des liens de plus en plus variés.

Face aux géants américains et chinois, Mujica ne complexe pas : accords de coopération économique et militaire pour le premier, échanges commerciaux très conséquents pour le second. Le ton est donné. Si les relations économiques avec l’Union Européenne sont encore largement encadrées par le Mercosur, l’Uruguay bénéficie d’une aide directe de l’Europe sur le plan social, visant à soutenir l’innovation ou encore le développement de la société civile.

Au sein de l’ONU, l’Uruguay se positionne comme un acteur important, participant largement aux opérations de maintien de la paix, deuxième contributeur proportionnel après le Brésil. Travaillant activement à la défense des droits de l’Homme, le petit pays se positionne en chef de file sur le continent sud-américain.

La rencontre, début octobre à Lima, entre José Mujica et Moncef Marzouki, président tunisien, témoigne de cet important investissement sur le terrain des droits humains. Partageant une expérience commune de la démocratie, basée sur la lutte populaire, les présidents ont également fait part de leur volonté d’offrir à leur peuple les moyens d’exister sur la scène internationale.

Mujica n’est pas un utopiste ni un saint, s’en défendant d’ailleurs largement. Mais ne serait-il pas un exemple intéressant pour beaucoup d’hommes politiques d’Europe, d’Asie, d’Afrique, d’Océanie ou d’Amérique, qui semblent perdre peu à peu de vue le véritable sens de l’Etat démocratique ?

                          Marine Menier

Marine MENIER poursuit d’abord des études de Droit Public, pour se spécialiser enfin en Relations Internationales, Sécurité et Défense à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Forte de multiples expériences à l’étranger et impliquée dans l’humanitaire, elle met actuellement son expertise en géopolitique et gestion de la sécurité au service de la solidarité internationale.


[1] http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20120908.AFP8155/exclusif-afp-jose-mujica-je-ne-suis-pas-un-president-pauvre-j-ai-besoin-de-peu.html

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