La réélection d’Hugo Chavez : entre espoirs d’un peuple et méfiance internationale

Perspectives Internationales 24/10/2012 0

Perspectives Internationales revient sur l’élection qui a mené, une nouvelle fois, Hugo Chavez à la tête du Venezuela. Analysant tant la personnalité et l’idéologie de l’homme que les accomplissements de son mandat, Charlotte Delcurou décortique le résultat du scrutin afin d’en comprendre le sens et les raisons.

Dimanche 7 octobre 2012, les vénézuéliens élisent pour la troisième fois consécutive à la tête du pays Hugo Chavez, au pouvoir depuis treize ans. Élu à 54,42% des voix contre 44,97% pour son jeune adversaire et principal opposant, Henrique Capriles Radonski, le locataire du Palais Miraflores s’est vu renouveler la confiance de ses concitoyens.

Dans un contexte global incertain et en vue des futures élections américaines, il semblerait que les vénézuéliens aient choisi la stabilité et voté pour un candidat qu’ils estiment capable de poursuivre ses engagements et ses réformes. Malgré une satisfaction et des réussites évidentes, les enjeux sous-jacents à sa réélection sont multiples.

 Des élections parfaitement transparentes et un résultat finalement sans surprise malgré les sondages qui annonçaient une bataille serrée entre les deux candidats. Hugo Chavez, doté d’un talent oratoire et d’un indéniable sens de la communication, gère parfaitement ses apparitions publiques et manipule les mots et les symboles avec brio. Il remplace le terme gouvernement par « révolution », se fait appeler « Comandante », et explique aux citoyens qu’ils sont tous des Chavez[1]. Face à ce  rouleau compresseur médiatique et ses discours fleuves qui monopolise l’espace télévisuel, il laisse peu de chance à ses adversaires de rivaliser. Pourtant, comme la foundation Jimmy Carter, « as a matter of fact, of the 92 elections that we’ve monitored, I would say the election process in Venezuela is the best in the world.[2] »  Ces élections, quel qu’en ait été le résultat, ont été un succès démocratique. 82% des électeurs se sont rendus aux urnes. Du jamais vu. Ce qui est, en revanche, intéressant de noter, c’est qu’en dépit de la large victoire du Comandante, il semble avoir perdu des voix, proportionnellement au nombre de votants[3]. Ainsi, son principal opposant a su capter un peu moins de deux millions de voix par rapport à son prédécesseur. Il incombera donc au Comandante de composer avec cette opposition, politique comme populaire pour son nouveau mandat.

   Une des raisons de la réélection d’Hugo Chavez est indéniablement à chercher du côté de sa politique intérieure. Il a pu (et su) compter sur le soutien massif des classes populaires et des plus pauvres qui ont bénéficié des « missions sociales »[4]. Ces vastes programmes sociaux, comme la Mission immobilière «Habitat» ou encore la Mission Ribas pour l’éducation, visent à améliorer l’accès des plus démunis à la santé, l’alimentation, le logement, et forment l’un des principaux instruments de la construction d’un nouveau modèle social et économique. Près de la moitié des dépenses totales de ces programmes est dédiée à la réduction de la pauvreté passée de 54% à 20,8%. On lui doit la réduction du chômage[5], l’augmentation du pouvoir d’achat, mais aussi la disparition de l’analphabétisme sur le territoire. Ces missions, financées par la rente pétrolière et soutenues par Cuba[6], sont critiquées sur la scène internationale mais font preuve d’une redoutable efficacité sur le plan interne, puisque l’or noir représente plus de 90% des devises du pays, 94% des exportations et plus de la moitié du budget de l’État. Bien qu’il ait assuré faire sortir le Venezuela de la dépendance au pétrole, cet hydrocarbure est à la fois le moyen de financer ses réformes internes, mais aussi une monnaie d’échange déterminante envers ses homologues. Il est ainsi peu probable que le Président fraîchement réélu souhaite abandonner cette carte énergétique, puisqu’elle s’inscrit dans sa politique Petrocaribe menée par l’ALBA (Alliance bolivarienne pour l’Amérique latine) et fournit du pétrole à tarifs préférentiels aux pays pauvres de la zone qui à leur tour, investissent leurs bénéfices dans des objectifs de développement régionaux.

   Au plan international, leader d’un mouvement anti-impérialiste vis-à-vis des États-Unis, Hugo Chavez adopte, sous Georges W. Bush une diplomatie résolument à contre-courant de Washington créant de nombreuses tensions entre les deux États qui frôleront, à plusieurs reprises, la rupture. Sa volonté de s’émanciper des grands centres de puissance, des États-Unis et de l’Europe, de créer un monde multipolaire et une union Sud-Sud l’a amené à nouer des relations avec des partenaires jugés « sensibles » par l’Occident, comme l’Iran, la Chine, la Russie, la Libye, la Syrie ou  la Biélorussie, et lui vaut parfois d’être appelé « l’ami des dictateurs »[7]. Cette politique qui a, aux vues des derniers résultats électoraux, semblait être payante, reste pourtant très périlleuse. Ses choix politiques sont décriés, ses alliances instables, ses sorties déclenchant de perpétuels remous diplomatiques. Pourtant, considérer sa politique étrangère comme incohérente serait le sous-estimer. Il s’agit plus pour lui, de se poser comme le nouveau leader d’une sorte de néo-tiersmondiste. Si cette stratégie provocatrice a remporté un clair succès, cela peut il continuer indéfiniment ?

   Entre nostalgie d’une union bolivarienne, promotion d’un socialisme du XXIème siècle, mégalomanie et profond intérêt pour les classes populaires, Hugo Chavez fascine. Et continuera vraisemblablement au cours du prochain mandat.

                                                                                                                 Charlotte DELCUROU

Charlotte Delcurou débute ses études de droit à l’université de Toulouse I Capitole et effectue son année de licence à Belfast (Irlande du Nord). De retour en France elle intègre le Master 1 de Droit international et européen comparé puis effectue un Master 2 en Relations internationales, spécialité “la construction européenne” à l’Université de Paris 8 Saint-Denis.


[1]     Alberto Barrera Tyszka –  La fabrication d’un mythe, Letras Libres, Mexico, 27 septembre 2012

[2]     http://cartercenter.org/news/multimedia/Conversations/30-years-of-the-carter-center.html

[3]     Hugo Chavez avait obtenu 7,3 millions de voix en 2006, contre 7,4 aujourd’hui.

[4]     Marina Terra – Une politique sociale financée par le pétrole, Opera Mundi, Sao Paulo, Courrier international, 3 octobre2012

[5]     Le taux de chômage est passé de 8,9% en 2006 à 7,9% en 2012.

[6]     Pascal Hérard – « Qu’est-ce-que la démocratie vénézuélienne ? », 6 octobre 2012

[7]     Ibsen martinez – L’ami des dictateurs, Letras Libres, Mexico, Septembre 2012

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