Brésil et commerce extérieur : l’inéluctable réflexe protectionniste ?

Perspectives Internationales 18/10/2012 1

Perspectives Internationales vous propose, au travers de cet article, une analyse de la politique du commerce extérieur du Brésil. Carolina Jezler Müller s’intéresse à la politique économique menée par la présidente Dilma Rousseff depuis son élection et revient sur ses contradictions, mais aussi sur ses limites. Entre réformes et mesures protectionnistes, la frontière est souvent ténue.

   

 Dans son discours devant l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies, en septembre 2012, la Présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a critiqué la politique monétaire expansionniste des pays développés qui, selon elle,  déséquilibre les taux de change, provoquant une appréciation artificielle des monnaies des pays en développement, et leur faisant ainsi perdre l’accès aux marchés internationaux, aggravant la récession globale[1].

Pourtant, la semaine précédente, le représentant du Commerce des États-Unis a envoyé une lettre au Ministre des Relations Extérieures du Brésil, critiquant les mesures commerciales adoptées par le pays, les qualifiant de protectionnistes[2]. Le Brésil a décidé d’augmenter, provisoirement, les tarifs d’importation concernant quelques produits jusqu’à 25%[3]. Selon le gouvernement brésilien, ces mesures constituent une  défense commerciale légitime, réfutant ainsi le terme de protectionnisme[4]. Peut-on considérer, par ces annonces, que le Brésil a décidé de changer sa politique de commerce extérieur en faveur d’une politique protectionniste ou est-ce que les mesures, en dépit de l’intervention des marchés, constituent seulement des mécanismes nécessaires pour prévenir des distorsions au commerce?

Ce qui est certain, c’est qu’il y a eu un changement dans la politique de commerce extérieur du Brésil après la fin de l’ère Lula et le début du gouvernement de Dilma Rousseff, en 2011. Dans les années 1990, le Brésil a promu une ouverture des marchés et a mis fin à la politique de substitution des importations. Le gouvernement Lula a maintenu cette politique d’insertion faite d’ouverture commerciale et d’augmentation des exportations, bien que donnant la priorité aux relations sud-sud[5]. Néanmoins, le prolongement de la crise économique, combiné à une pénétration progressive des produits industriels chinois dans le marché brésilien, a clairement modifié la donne, jusque là favorable à l’économie brésilienne. En effet, en 2012, on a pu constater des signes de désindustrialisation dans quelques secteurs de l’industrie[6].

La crise internationale, l’appréciation du réal brésilien rendant les produits brésiliens plus chers et donc moins compétitifs, la dévaluation des monnaies de quelques pays à cause des politiques de quantative easing, mais aussi les facteurs internes comme l’importante charge fiscale ou les coûts d’infrastructure ont indéniablement contribué aux difficultés que rencontre aujourd’hui l’industrie nationale brésilienne.

Le gouvernement a créé, en 2011, un plan de relance à l’industrie, appelé « Brasil Maior », qui comprenait une réduction fiscale sur certains produits industrialisés, conditionnée à l’utilisation de contenu national, l’élévation des tarifs, la prévention des fraudes aux douanes, le renforcement de la défense commerciale, une préférence accordée aux produits nationaux dans les marchés publics. Alors que certaines mesures peuvent constituer des barrières au commerce international (et ainsi être considérées comme protectionnistes) d’autres, en revanche, visent à accorder plus de compétitivité à l’industrie sans pour autant affecter le commerce ou seulement à redresser les distorsions existantes.

Il est difficile de savoir jusqu’à quel point les difficultés dont souffre l’industrie brésilienne sont liées à des facteurs externes et à partir de quel point les mesures citées visent à protéger l’industrie nationale en raison de son manque de compétitivité, résultat de la conjoncture interne. Probablement, le discours du gouvernement brésilien comme celui des États Unis n’est qu’en partie correct. Le Brésil a certes la nécessité d’adopter un certain nombre de mesures pour se protéger des politiques d’autres pays. En revanche, il est clair que certaines mesures peuvent être qualifiées de protectionnistes et qu’elles doivent être combattues[7]. Les mesures de restriction des échanges font obstacle aux flux commerciaux et causent les mêmes handicaps au commerce que la Présidente Dilma Rousseff a elle-même désignés dans son discours à l’ONU, pénalisant ainsi les pays développés comme les pays en développement.

 Carolina JEZLER MÜLLER

Carolina Jezler Müller est diplômée de la Faculté de Droit de l’Université de São Paulo et a effectué son Master en Droit International, spécialité Relations Internationales à l’Université Paris 2 – Pathéon Assas. Elle est aujourd’hui chercheuse au Centre du Commerce Global et des Investissements de la Fondation Getúlio Vargas, à São Paulo et est inscrite au programme d’études supérieures en Droit International de l’Université de São Paulo.

 

 

 

 

 


[1] Ministère des Relations Extérieures du Brésil, Discurso da Presidenta da República, Dilma Rousseff, na abertura da 67a Assembléia Geral das Nações Unidas, New, York, 25 de septembre, 2012. http://www.itamaraty.gov.br/sala-de-imprensa/discursos-artigos-entrevistas-e-outras-comunicacoes/presidente-da-republica-federativa-do-brasil/discurso-da-presidenta-da-republica-dilma-rousseff-na-abertura-da-67a-assembleia-geral-das-nacoes-unidas-nova-york-25-de-setembro-de-2012

[2] O Estado de São Paulo, Casa Branca alerta que “protecionismo” brasileiro ameaça relação bilateral, 20/09/2012, blogs.estadao.com.br/jamil-chade

[3] Ministère du Développement, de l’Industrie et du Commerce du Brésil, Camex, Entra em vigor aumento do imposto de importação para cem produtos, 01/10/2012,  www.desenvolvimento.gov/sitio/interna/noticia.php?area=1&noticia=11846

[4] Ministère des Relations Extérieures du Brésil, Discurso da Presidenta da República, Dilma Rousseff, na abertura da 67a Assembléia Geral das Nações Unidas, New, York, 25 de septembre, 2012. http://www.itamaraty.gov.br/sala-de-imprensa/discursos-artigos-entrevistas-e-outras-comunicacoes/presidente-da-republica-federativa-do-brasil/discurso-da-presidenta-da-republica-dilma-rousseff-na-abertura-da-67a-assembleia-geral-das-nacoes-unidas-nova-york-25-de-setembro-de-2012

[5] VEIGA, P.; RIOS, S., «Política Econômica Externa do Governo Dilma: dilemas e desafios», Pontes – ICTSD v.7, n. 1, 2011

[6] O Estado de São Paulo, Mesmo após três políticas industriais, Brasil vive desindustrialisação, 31/03/2012

[7] OMC, Nouvelles: Allocutions – DG Pascal Lamy, Lamy met en garde contre le protectionnisme, 30/05/2012, http://www.wto.org/french/news_f/sppl_f/sppl232_f.htm

One Comment »

Leave A Response »