Yasukuni, temple d’un pays paisible ?

Perspectives Internationales 07/02/2015 0

Le rôle central du Yasukuni dans la construction de l’ultranationalisme japonais   

          Le Yasukuni, situé à Tokyo, est un sanctuaire où est célébrée la mémoire des soldats morts pour la Patrie japonaise depuis 1869. Ces soldats sont vénérés depuis lors comme des dieux, au sens shintô du terme (kami)[2]. Le Yasukuni est donc dès l’origine un symbole nationaliste fort. Aucun particularisme nippon dans cette vénération nationale des morts pour la Patrie, que l’on retrouve dans l’ensemble des Etats modernes. Le point de crispation ne se situe pas autour du sentiment nationaliste que véhicule le sanctuaire, mais de la vénération controversée de la mémoire de criminels de guerre japonais, et par là du traitement du rôle et de la responsabilité du Japon dans le déroulement de la Seconde Guerre mondiale en Asie. L’ultranationalisme fortement révisionniste qui exalte le passé fasciste de la période tenno-militariste des années 1930-1940 est source de tensions autant internes à la société japonaise que régionales.

            Selon Anderson (2006), l’un des facteurs cruciaux dans la construction des nationalismes modernes est l’invention de la presse écrite et l’apparition des médias de masse, au titre desquels se trouvent les journaux, les romans, ou plus récemment l’audiovisuel. Les médias véhiculent chez les lecteurs un langage et un système de représentations communs, en réutilisant des thèmes palimpsestes comme autant de mythes contemporains. Cette idée rejoint et complète la thèse de Homi K. Bhabha (1990), selon laquelle la Nation, en tant que communauté d’esprits moderne, nécessite ses propres formes de narration, ainsi que ses propres rites, qui renforcent les valeurs partagées par une société donnée.

            Au Japon, l’un de ces symboles identifiés par Anderson, évoqués régulièrement dans les médias de masse et jusque dans certains mangas (Kobayashi Yoshinori, Sensôron, 1998) est le sanctuaire Yasukuni, qui participe puissamment à la construction de la Nation (kokutai, « esprit de la Nation ») à travers des rites religieux, des batailles idéologiques et des postures politiques. Néanmoins, le Yasukuni n’est pas un symbole consensuel. Il est la pierre d’achoppement de la mémoire qui structure l’identité nippone contemporaine, et son étude relève en ce sens, de l’anthropologie politique.

            L’historien Henry Rousso (1990) distingue mémoire et histoire : « La mémoire est un vécu, en perpétuel évolution », alors que « l’histoire – celle des historiens – est une reconstruction savante et abstraite, plus encline à délimiter un savoir constitutif et durable ». La résurgence dans les années 1990 des crispations politiques autour du Yasukuni, semble indiquer que les tensions relèvent de la mémoire (ce processus qui connait de « longues latences et de soudaines revitalisations ») davantage que de l’histoire, au sens de discipline scientifique. Et c’est de la manipulation de la mémoire que naissent les passions qui agitent le nationalisme japonais contemporain.

            Il s’agit alors de comprendre comment le Yasukuni a été mobilisé par la frange ultranationaliste du Japon contemporain pour véhiculer des prétentions révisionnistes, aux conséquences politiques domestiques et internationales très importantes. Un premier temps fait le point sur l’historicité de l’émergence du Yasukuni comme symbole ultranationaliste fort et comme source de crispations politiques. Un second temps analyse ces tensions, avec une articulation scalaire qui, du contexte national, s’élargit au contexte régional de l’Asie-Pacifique.

           Le Yasukuni, haut lieu du révisionnisme japonais

            Le Yasukuni a été érigé bien avant la Seconde Guerre Mondiale, en 1869, un an après la restauration de l’empereur Meiji, qui constitue la grande figure fondatrice du Japon moderne. Le Yasukuni était alors le symbole d’un nouveau Japon. Il avait vocation à participer à la fondation d’un nationalisme japonais moderne. Ce n’est que dans la seconde partie du XXème siècle que le Yasukuni est devenu le symbole de l’ultra-nationalisme d’une partie de la société japonaise, avec en particulier l’ajout en 1978, par l’Association des Familles des Morts pour la Guerre, des noms de criminels de guerre de rang A (en particulier de Tôjô Hideki[3], condamné à mort suite aux procès de Tokyo de 1946). Outre ces noms, le Yasukuni est le centre d’un activisme révisionniste, notamment à travers son musée (le Musée Yûshûkan) dont les textes explicatifs de la période du tenno-militarisme[4] qui a conduit le Japon à la guerre sont équivalents à des textes de propagande (Buruma, 2002). Ainsi peut-on lire par exemple, au sujet de la colonisation de la Manchourie :

            « L’annexion de la Manchourie en 1931 était une démarche nécessaire pour protéger le continent asiatique contre le communisme soviétique et l’avidité chinoise. La guerre de Chine était inévitable, parce que les rebelles chinois ont été incités à mener des activités anti-japonaises par les Britanniques et les Américains. La guerre avec l’Amérique était une question de survie nationale. Et la souffrance des prisonniers de guerre japonais, ainsi que de millions d’autres, aux mains des régimes communistes ont prouvé que le Japon était toujours du bon côté tout ce temps. »[5]

            Les considérations religieuses sont ici étroitement liées à des considérations idéologiques[6] et à des interprétations historiques polémiques, qui s’inscrivent dans une démarche de victimisation du Japon. Cette relecture de l’histoire qui fait du Japon la principale victime de la guerre passe par trois arguments : le Japon a été forcé de faire la guerre, et ce en raison de la montée du communisme et du colonialisme occidental ; le Japon a voulu libérer l’Asie, en vain ; le Japon a été victime de l’holocauste nucléaire, et s’est vu imposer par la suite la justice des vainqueurs lors des Procès de Tokyo.

            Dans ce processus de relecture de l’histoire, l’enjeu est bien de décrédibiliser l’histoire et la justice des vainqueurs, et en particulier de jeter le discrédit sur les Procès de Tokyo, qui ont condamné les criminels de guerre de rang A aujourd’hui vénérés au Yasukuni. Si c’est cette vénération de criminels de guerre qui constitue le point de friction le plus intense tant à l’intérieur de la société japonaise qu’à l’international (en particulier avec la Chine), il n’est que la partie émergée de l’iceberg et reflète une propension beaucoup plus profonde au révisionnisme dans les milieux nationalistes japonais.

            Il est intéressant à ce sujet de noter que le terme utilisé par les nationalistes du sanctuaire est celui de « Guerre de la Grande Asie » (daitôa sensô). On trouve dans un ouvrage ancien de Ienaga Saburô (1968) une réflexion critique sur la difficulté de nommer la Seconde Guerre Mondiale au Japon. Le terme de « Guerre de la Grande Asie » se réfère directement au vocable en usage par les tenants de l’expansionnisme japonais lors de la période du tenno-militarisme. Le terme de « Seconde Guerre mondiale » (dainiji sekai taisen) ne convient pas pour évoquer les évènements en Asie, étant donné qu’il ne recouvre qu’une petite partie des affrontements qui commencent dès la colonisation de la Manchourie en 1931. C’est pourquoi Ienaga Saburô avait opté pour le titre neutre de « Guerre du Pacifique » (Taiheiyô sensô), ce qui n’est pas le cas pour les nationalistes du Yasukuni.

            Ce travail de transmission d’une mémoire par le sanctuaire du Yasukuni a eu récemment un impact important dans l’éducation scolaire, faisant du Yasukuni le symbole du renouveau d’une certaine conception du Japon, de sa place dans l’Histoire et de son rôle en Asie et dans le monde. On peut citer, à titre d’exemple, le travail de Fujioka Nobukatsu, professeur d’Education à l’Université de Tokyo, qui milita pour une révision des manuels scolaires. Son engagement aboutit en 1996 à la création de la Société Japonaise pour la Réforme des Manuels Scolaires, dont l’objectif était de lutter contre une vision culpabilisante et masochiste de l’Histoire et du Japon présentée dans les manuels scolaires dominants[7].

           Les tensions internes et internationales autour du Yasukuni

            L’activisme du Yasukuni est surtout le fait de groupes d’extrême droite japonaise et du Parti Libéral Démocrate (PLD), le parti au pouvoir sans discontinuité de 1955 à 2008 (avec une brève interruption en 1993) et récemment de retour en décembre 2012. Si le PLD est favorable aux Américains, l’extrême droite japonaise voit encore en l’Amérique l’ancien ennemi qui imposa son diktat au Japon. La critique de l’hégémonie américaine a toujours été présente autour du Yasukuni, en particulier avec la contestation de la légitimité des Procès de Tokyo dès 1953 par l’Association des Familles des Morts pour la Guerre (Nihon Izokukai) qui, le 15 août 1958, organise un service en mémoire des morts japonais au Yasukuni pour « porter au temple les esprits héroïques de tous ceux qui sont morts pour le pays pendant la guerre de la Grande Asie »[8]. C’est cette association qui réussit à faire entrer en 1978 les noms des criminels de guerre de rang A au Yasukuni.

            Mais cette critique de la justice américaine mise en œuvre lors des procès de Tokyo (vécus comme la justice des vainqueurs) se fait surtout entendre à partir de 1993, en réaction à la défaite du PLD et à la montée de discours culpabilisants d’élus japonais de la nouvelle vague, plus progressistes, parmi lesquels l’ancien maire de Nagasaki, Motoshima Hitoshi, qui avança l’idée de la responsabilité de l’Empereur dans la guerre.[9] Face aux excuses officielles présentées par la gauche japonaise arrivée au pouvoir, l’extrême droite a réagi violemment par un anti-américanisme virulent et la défense du Yasukuni.

            Ainsi, la montée des crispations internes autour du Yasukuni apparaît essentiellement autour de 1993, et s’explique par trois facteurs principaux: la défaite politique historique du PLD ; les propos jugés culpabilisants de la gauche progressiste arrivée au pouvoir et en place dans certaines municipalités (comme à Nagasaki) ; la guerre du Golfe de 1991, au cours de laquelle le Japon n’a pu participer que financièrement, démontrant par là la faiblesse de son rôle politique et militaire dans le monde.

            Si le Yasukuni est un symbole qui cristallise un certain nombre de prises de positions politiques et idéologiques à l’intérieur du Japon (éducation, mémoire, relation Etat-shintô, identité nationale…), il cristallise également de vives tensions internationales, du fait surtout de la visite récurrente d’officiels et d’élus japonais, au titre desquels se trouvent les visites de certains Premiers Ministres. On peut ainsi citer la visite en 1983 de Nakasone Yasuhiro, qui refusa de préciser s’il venait à titre officiel ou privé, mais signa le registre du sanctuaire avec son titre officiel ; ou encore les nombreuses visites plus récentes de Koizumi Jun’ichiro[10] le 15 août 2001, en avril 2002 et en janvier 2003. C’est en Chine que les réactions et les critiques vis-à-vis du Yasukuni, ont été les plus vives, en particulier suite aux visites de premiers ministres au Yasukuni. Ainsi, suite à la deuxième visite de Koizumi, on pouvait lire dans le Mainichi Daily News du 29 avril 2002 :

« Les voisins asiatiques du Japon ont insisté sur le fait que la visite du Premier Ministre justifierait les atrocités de la Nation commises pendant le Seconde Guerre mondiale. »

            Le président chinois avait par ailleurs ajouté que « le Premier Ministre Koizumi ne doit pas y penser à la légère. C’est un problème d’Etat à Etat. Nous n’approuverons jamais sa visite au temple Yasukuni. » Ainsi, avec les visites répétées des Premiers ministres japonais au Yasukuni, les tensions et les débats autour du sanctuaire dépassent le cadre essentiellement national pour se retrouver sur le cadre international.

            D’une manière générale, les critiques coréennes concernant le Yasukuni ont été moins virulentes qu’en Chine, même si chaque visite de Premier Ministre a donné lieu à des réactions officielles et à des manifestations en Corée du Sud. Par exemple, lors de la dernière visite de Koizumi en 2003, le président sud-coréen, Kim Dae-jung, avait annulé une rencontre avec le Ministre des Affaires étrangères japonais prévue le 15 janvier. Néanmoins, la Corée du Sud avait maintenu une position de compréhension et de négociation, certainement en raison du rôle essentiel que le Japon joue dans les négociations tendues entre les deux Corées :

« Pour ce qui est de la Corée du Sud, le Ministre des Affaires étrangères espère que Koizumi sera capable de tenir les discussions avec le Président nouvellement élu Roh Moo-huyn (…) pour désamorcer la controverse Yasukuni. Pendant les discussions avec la Ministre des Affaires étrangères Yoriko Kawaguchi, Roh a proposé de discuter avec Koizumi pour approfondir la compréhension mutuelle sur le problème du temple. »[11]

                  Pour la Corée du Sud, la principale crispation avec le Japon concerne moins le Yasukuni que la question des femmes de réconfort, ces coréennes kidnappées pour servir de prostituées aux soldats japonais durant l’occupation japonaise de la péninsule coréenne (1905-1945).

            Si l’arrivée au pouvoir au Japon des démocrates de centre gauche en 2008 avait pour un temps calmé les tensions, en particulier en suspendant les visites d’officiels japonais en exercice au Yasukuni, le retour du PLD avec l’élection du Premier Ministre Abe en décembre 2012 s’est traduit par un regain de tensions. Ainsi, le 15 août 2013, lors du 68ème anniversaire de la défaite du Japon, deux ministres du gouvernement en place se sont rendus au Yasukuni, accompagnés d’autres officiels et politiciens japonais. Le premier ministre lui-même, dans son discours annuel du 15 août, a justifié ces visites, après avoir annulé sa visite au sanctuaire sous la pression internationale :

« Il est naturel pour un dirigeant japonais de prier pour ceux qui ont sacrifié leur vie pour leur pays, à l’instar de ce que font les dirigeants des autres pays du monde. »

            Le président de la commission nationale de sécurité publique, Keiji Furuya, avait également ajouté, suite à sa propre visite au Yasukuni :

« La consolation des âmes des victimes de guerre est une affaire purement nationale. Les autres pays ne doivent pas la critiquer ou faire interférence. »

            Afin d’apaiser les tensions internes et internationales autour du Yasukuni, il est question de construire au Japon un nouveau lieu de commémoration pour les morts pour la Patrie, plus consensuel. Néanmoins, un tel mémorial existe déjà, à quelques centaines de mètres du Yasukuni. Il s’agit du mémorial de Chidorigafuchi, construit à la demande de la Nihon Izokukai (Association des familles japonaises endeuillées par la guerre) dans les années 1950, mais peu fréquenté en raison du caractère anonyme des morts.

Le Yasukuni, la culpabilité contre la honte ?

            Le sentiment de victimisation qu’alimente le Yasukuni est encore fort au Japon. Néanmoins, grâce au travail d’historiens et d’associations civiles ou politiques, ainsi que d’élus progressistes, ce sentiment décroit aujourd’hui, alors que les années 1990-2000 ont marqué le pic des tensions autour du temple. En 1986, 85% des Japonais se disaient victimes de la guerre, alors que 10% se voyaient comme ayant été les assaillants. En 1993, 60% de la population japonaise confessait que l’attitude du Japon durant la guerre avait été agressive, et plus de 50% était favorable au versement de réparations de guerre aux pays asiatiques.[12] Des études plus récentes seraient néanmoins nécessaires pour apprécier l’évolution récente du taux dans le contexte de montée des tensions en Asie-Pacifique.

            Le sanctuaire du Yasukuni contribue encore à forger une interprétation biaisée du rôle du Japon durant la guerre. Des chercheurs occidentaux et japonais se sont interrogés sur les raisons d’une si grande différence entre un Japon négationniste et une Allemagne repentante concernant la transmission de la mémoire de la guerre. Ruth Benedict, dans son célèbre Le Chrysanthème et le sabre (1946), oppose deux cultures : la culture de la honte, qui serait proprement japonaise (associée vraisemblablement au shintô d’une part, et au système d’identité « collective » d’autre part), et la culture de la culpabilité, qui serait chrétienne et par là, majoritairement occidentale. Si la culture de la culpabilité permet une repentance plus rapide, avec des excuses pour la faute commise sur la base d’une responsabilité qui prend pour étalon l’individu, la culture de la honte se fonde sur la dissimulation, voire le déni, dissous dans une responsabilité qui prend pour étalon le collectif. Sans vouloir tomber dans un déterminisme culturel grossier, peut-être cette thèse constitue-t-elle la base d’une interprétation des courants révisionnistes et du regain d’activisme à partir du retournement politique de 1993 et son cortège d’excuses officielles décriées par les tenants du nationalisme à l’œuvre au Yasukuni.

            Aujourd’hui, les controverses autour du Yasukuni semblent changer de portée géopolitique. Si la Chine alimente un discours expansionniste de plus en plus agressif pour tenter de mobiliser une population elle-même de plus en plus critique à l’égard du Parti Communiste, le Japon remobilise un discours nationaliste dans la perspective d’une révision de la Constitution, en particulier de l’article 9 sur les forces d’auto-défense et l’armement nucléaire. Alors que le Yasukuni cristallisait des tensions liées au passé et à la mémoire, les années 2010 semblent constituer un tournant décisif vers une instrumentalisation du Yasukuni autour de tensions liées à l’avenir (course aux ressources maritimes, révision de la Constitution, peur du déclin, course à l’armement).

Raphaël Languillon-Aussel

Raphaël Languillon-Aussel est un ancien élève de l’École Normale Supérieure de Lyon (2005-2010), agrégé de géographie depuis 2009 et poursuit actuellement un doctorat de géographie à l’Université Lumière Lyon 2. Diplômé d’histoire et de géographie à Lyon 2 et à l’ENS, il étudie en parallèle le japonais à l’IEP de Lyon. Il a notamment été étudiant chercheur au département de sociologie de l’Université de Tokyo en 2010. Ses travaux de doctorat portent sur les politiques de développement durable à Tokyo et dans les métropoles japonaises, dans une perspective comparative avec les politiques urbaines menées en Europe de l’Ouest et en Asie pacifique.

 

Bibliographie indicative : 

  • Anderson Benedict (2006), Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism. London, Verso, 240 p.
  • Benedict Ruth (1987), Le Chrysanthème et le sabre, Philippe Piquier
  • Bix Herbert B. (2000), Hirohito and the making of modern Japan, New York, Harper Collins Publishers, 800p.

- Buruma Ian (2002), The Wages of Guild, memories of War in Germany and Japan, Londres, Phoenix, 330p.

  • Hardacre Helen (1989), Shinto and the State, 1868-1988, Princeton University Press
  • Homi K. Bhabha (1990), Nation and Narration, Routledge
  • Ienaga Saburô (1968), The Pacific War, World War II and the Japanese 1931-1945, New York, the Pantheon Books
  • Ienaga Saburô (1993), « The Glorification of War in Japanese Education ? », International Security, Vol. 18, n°3, p.113-133
  • Kobayashi Yoshinori (1998), Sensô-ron, Tôkyô, Gentô-sha
  • Nora pierre (1984), Les Lieux de mémoire, tome 1 : le République, Paris, Gallimard, 674p.
  • Roullière Claire (2004), La Mémoire de la Seconde Guerre mondiale au Japon, L’Harmattan, 170 p.
  • Rousso Henry (1990), Le Syndrome de Vichy, de 1944 à nos jours, Paris, Point Seuil Histoire
  • Yoshida Shigeru (1961), The Yoshida Memoirs, the Strory of Japan in Crisis, Londres, Heinemann

 

[1]   Traduction littérale du nom « Yasukuni », qui signifie « pays paisible».

[2] Un kami est une divinité ou un esprit vénéré dans le shintô, religion animiste japonaise. Si les kami sont souvent des éléments remarquables du milieu naturel (comme un fleuve, une montagne, un volcan), ils peuvent aussi être des personnes défuntes particulièrement remarquables de leur vivant pour leurs actions, leurs talents, ou leurs sacrifices. Ainsi, selon le shintô, chaque homme possède une part de divin, et peut devenir un dieu. Dans cette conception, l’Empereur est un dieu supérieur aux autres, et se trouve au sommet de la hiérarchie des dieux que constituent par exemple les morts pour la Patrie du Yasukuni.

[3] Tôjô Hideki était général et ancien premier ministre du Japon de 1941 à 1944.

[4] Le tenno-militarisme est la période politique qui s’étend de 1931 à 1945, au cours de laquelle le Japon devient un régime fasciste contrôlé par les militaires qui, au nom de l’Empereur, cherchent à établir une sphère de coprospérité en Asie-Pacifique. L’invasion de la Manchourie en 1931 est un épisode parmi les plus sanglants et les plus violents de cette période. De nombreux camps de travail forcé et d’expérimentation humaine y ont été fondés.

[5]   Buruma Ian (2002), The Wages of Guild, memories of War in Germany and Japan, Londres, Phoenix, 330p., cité p. 223

[6] Le shintô, religion animiste à laquelle appartient le Yasukuni, a été, au cours de l’histoire du Japon, souvent associée à une religion d’Etat. Les relations entre le shintô et les régimes politiques japonais sont historiquement d’une grande proximité, voire consubstantielles. Ce n’est pas un hasard si c’est ainsi un sanctuaire shintô qui participe de l’édification de la Nation japonaise à travers le travail de mémoire et la glorification des morts pour la Patrie. Pour lutter contre le nationalisme japonais, les Américains avaient tenté de déconstruire le shintoïsme d’Etat, en même temps qu’ils rendaient la figure le l’empereur laïque. Les services chargés d’administrer les affaires religieuses étaient regroupés au sein de la Section d’Information Civile et de l’Education du Commandant Suprême pour les Puissances Alliées. Cette section avait publié le 15 décembre 1945 une directive visant la déconstruction du shintoïsme d’Etat, afin d’éviter toute utilisation future du shintô à des fins nationalistes et militaristes. Dans cette directive, le shintô est désigné comme responsable de l’enrôlement de la population japonaise dans le tenno-militarisme. « La perversion de la théorie et des croyances shintô en propagande militariste et ultra-nationaliste désignée pour leurrer le peuple japonais et le conduire dans des guerres d’agression. » L’article 2 de la directive sépare le politique du religieux, opérant par là un premier pas vers une réelle laïcisation et une réelle démocratisation du Japon : « Le but de cette directive est de séparer la religion de l’Etat, pour empêcher une mauvaise utilisation de la religion à des fins politiques, et de placer toutes les religions, fois et croyances au même niveau (…). Elle interdit l’affiliation avec le gouvernement, la propagation et la dissémination d’idéologies militaristes et ultra-nationaliste. » C’est cet article 2 qui a servi par la suite de base de réflexion pour la Constitution japonaise, si bien que l’on pourrait se demander, dans une certaine mesure, si le regain nationaliste associant le shintô à une religion d’Etat ne serait pas anticonstitutionnel. La question se pose également pour les visites des Premiers Ministres japonais au Yasukuni dans les années 1990 et 2000.

[7] Les établissements scolaires sont libres de choisir leurs manuels scolaires au Japon. Ainsi, aux manuels les plus répandus, s’opposent ici les manuels révisionnistes, encore très largement minoritaires, mais bénéficiant d’un fort lobbying, en particulier de l’association du professeur Nobukatsu.

[8]   Bix Herbert B. (2000), Hirohito and the making of modern Japan, New York, Harper Collins Publishers, 800p.

[9]   Motoshima Hitoshi dut démissionner pour ses propos, et fut victime d’un attentat peu après.

[10] Premier ministre issu du PLD de 2001 à 2006, il a dirigé trois gouvernements successifs.

[11] Mainichi Shimbun, 17.01.2003

[12] Statistiques cités par Roullière Claire (2004), La Mémoire de la Seconde Guerre mondiale au Japon, L’Harmattan, 170 p., p. 143

Leave A Response »